Dans notre précédent article, nous rappelions que la RDC attire de plus en plus de projets de crédits carbone, alors même que le cadre national reste encore insuffisamment structuré. À la lumière du Core Carbon Principles Impact Report 2025 de l’Integrity Council for the Voluntary Carbon Market (ICVCM), une chose apparaît désormais clairement : ce vide réglementaire n’est pas seulement une faiblesse interne. Il devient aussi un facteur de fragilité face aux nouvelles exigences internationales du marché carbone.
Le rapport de l’ICVCM montre en effet que le marché volontaire du carbone s’organise de plus en plus autour d’un critère central : l’intégrité. Les crédits carbone les plus recherchés sont désormais ceux qui reposent sur des règles solides de gouvernance, de traçabilité, de transparence, de vérification indépendante, d’additionnalité, de permanence et de prévention du double comptage. L’intégrité ne concerne donc plus seulement la quantité de carbone affichée, mais la crédibilité de tout le dispositif qui entoure le projet.
Pour la RDC, l’enjeu est majeur. Tant que des questions essentielles demeurent floues, notamment la titularité des droits carbone, les conditions d’autorisation des projets, les mécanismes de contrôle, la traçabilité des crédits ou encore le partage des bénéfices. Le pays s’expose à un double risque : fragiliser la sécurité juridique des projets, mais aussi affaiblir leur reconnaissance sur un marché international devenu beaucoup plus exigeant.
Le rapport insiste également sur un point essentiel : la qualité d’un projet carbone ne se mesure pas uniquement à sa performance climatique. Elle dépend aussi de la manière dont sont prises en compte les communautés locales, les mécanismes de recours, les garanties sociales et environnementales, ainsi que la répartition des bénéfices. Là encore, l’absence d’un cadre national clair peut rapidement devenir un facteur de contestation et de perte de confiance.
Autrement dit, le vrai sujet n’est plus simplement de savoir si la RDC peut développer des projets carbone. Elle le peut. Le véritable enjeu est de savoir si elle veut bâtir un marché carbone crédible, souverain et conforme aux standards d’intégrité désormais dominants.
La RDC dispose d’un potentiel exceptionnel. Mais ce potentiel, à lui seul, ne garantit ni la confiance des partenaires, ni la protection des communautés, ni la valeur des crédits générés. Pour que le carbone devienne un levier réel de protection des forêts et de développement local, il doit reposer sur des règles claires, une gouvernance lisible et une intégrité reconnue.
Décarbone RDC
Sarina BETTAVER
Source :
Integrity Council for the Voluntary Carbon Market (ICVCM), The Core Carbon Principles Impact Report 2025, décembre 2025, mise à jour du 16 décembre 2025.
La République démocratique du Congo (RDC) s’impose de plus en plus comme un territoire stratégique pour les projets de crédits carbone, en raison de l’étendue de ses forêts tropicales et de son rôle central dans la régulation du climat mondial. Toutefois, comme le souligne une récente enquête publiée par Mongabay, cette dynamique s’opère dans un contexte préoccupant : l’absence d’un cadre réglementaire clair et opérationnel au niveau national.
Une multiplication rapide des projets carbone
Selon l’article de Mongabay publié en décembre 2024, plusieurs projets de crédits carbone forestiers sont en cours ou en préparation en RDC, portés par des acteurs privés nationaux et internationaux. Ces initiatives reposent principalement sur la conservation des forêts, la réduction de la déforestation et la valorisation du carbone stocké dans les écosystèmes forestiers.
Cette multiplication s’explique par :
– le potentiel exceptionnel du Bassin du Congo en matière de séquestration du carbone ;
– la demande croissante de crédits carbone sur les marchés volontaires internationaux ;
– la faiblesse des barrières juridiques et institutionnelles à l’entrée dans le secteur.
Un vide réglementaire aux conséquences multiples
L’enquête met cependant en évidence une difficulté majeure : la RDC ne dispose pas encore d’un cadre juridique consolidé définissant clairement :
– la propriété des crédits carbone ;
– les conditions d’octroi, de suivi et de certification des projets ;
– la répartition des bénéfices entre l’État, les porteurs de projets et les communautés locales ;
– les mécanismes de contrôle et de transparence.
Cette absence de réglementation expose le pays à plusieurs risques, notamment :
– des conflits fonciers et communautaires ;
– une captation déséquilibrée de la valeur carbone au détriment des populations locales ;
– une perte de crédibilité internationale des crédits générés en RDC ;
– des projets incompatibles avec les priorités nationales de développement durable.
Les communautés locales au cœur des enjeux
Mongabay souligne également les inquiétudes exprimées par des organisations de la société civile et des experts locaux quant à l’implication réelle des communautés forestières. Dans certains cas, celles-ci seraient insuffisamment consultées ou informées, alors même que leurs territoires et leurs modes de vie sont directement concernés.
Or, l’adhésion des communautés locales constitue une condition essentielle à la réussite et à la durabilité des projets carbone, tant sur le plan environnemental que social.
Vers une nécessaire structuration du secteur carbone
Face à cette situation, plusieurs voix appellent à l’adoption rapide d’un cadre réglementaire national sur les crédits carbone en RDC. Un tel cadre devrait :
sécuriser juridiquement les projets et les investissements ;
garantir la transparence et la traçabilité des crédits ;
assurer une redistribution équitable des bénéfices ;
aligner les projets carbone avec les engagements climatiques et les objectifs de développement durable du pays.
La position de Décarbone RDC
Pour Décarbone RDC, cette phase de structuration est déterminante. Le développement des crédits carbone en RDC représente une opportunité majeure pour la protection des forêts, la lutte contre le changement climatique et le financement du développement local. Mais cette opportunité ne pourra être pleinement réalisée qu’à travers une gouvernance claire, inclusive et conforme aux standards environnementaux et sociaux internationaux.
Décarbone RDC plaide ainsi pour un encadrement rigoureux du secteur carbone, fondé sur la transparence, la participation des communautés et la souveraineté environnementale de la RDC.
Le charbon de bois reste à ce jour l’une des sources d’énergie la plus utilisée pour la cuisson de repas en Afrique. En RDC, environ 90% des ménages sont concernés. Selon des estimations, c’est en moyenne une consommation de près d’1kg de charbon par personne et par jour.
Cette pratique engendre une pollution domestique dangereuse notamment avec les émissions considérables de gaz à effet de serre dû à la combustion. Aussi, la production du charbon de bois participe sensiblement à la déforestation avec des conséquences environnementales importantes.
Cause et piste de solution… quand le solaire s’y mêle
La principale cause qui contraint les ménages à recourir au charbon de bois est l’absence d’électricité stable et permanente. C’est pourtant cette difficulté qui a inspiré l’entreprise «SPECIAL» à concevoir Genesis , le réchaud à induction solaire pensé pour être une alternative au réchaud à gaz et à charbon de bois.
Genesis entend répondre à deux préoccupations majeures à savoir : Réduire d’une part fortement la pollution en co2 des ménages en abandonnant le charbon de bois et d’autre part, encourager l’utilisation d’un réchaud à induction fonctionnant à l’énergie propre (solaire).
Ce 02 février, à l’Orange Digital Center pour « La France au rendez-vous des grands projets de transformation en RDC », l’entreprise SPECIAL a présenté le prototype de Genesis à Mme Éléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger (en visite à kinshasa).
En 2025, Decarbone RDC a identifié et accompagné plusieurs projets innovants portés par des entrepreneurs congolais dont Genesis. Inscrits dans la dynamique de la transition écologique, ces projets ont bénéficié de notre expertise notamment sur les critères de durabilité.
Le monde célèbre ce lundi 2 février la journée mondiale des zone humides (JMZH). Cette date commémore chaque année la signature de la convention sur les zones humides, le 2 février 1971, dans la ville iranienne de Ramsar. Pour cette édition, le thème retenu est : Zones humides et savoirs traditionnels : célébrer le patrimoine culturel.
Qu’est ce qu’une zone humide ?
Le code de l’environnement définie les zones humides comme « les terrains exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire ; la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année.
On distingue trois types de zones humides à l’intérieur des terres :
Les marais, mares naturelles, tourbières, prairies, landes et forêts humides ; Les milieux humides composés d’eau salée ou saumâtre que l’on trouve dans les estuaires, lagunes, étangs d’arrière dunes, vasières, mangroves et enfin ; Les milieux humides aménagés par l’Homme.
Ces espaces sont porteurs d’une biodiversité riche avec d’innombrables espèces de plantes et d’animaux – oiseaux, amphibiens, poissons, insectes ou mollusques…
Rôle des zones humides dans l’écosystème ?
Des réservoirs naturels pour stocker l’eau…
Les zones humides constituent un moyen reconnu pour maintenir le bon état écologique des eaux et mieux gérer les crues. Elles favorisent le stockage de l’eau dans les nappes phréatiques, soutiennent les débits des cours d’eau et disposent d’une fonction d’épuration importante qui agit comme des filtres naturels pour l’eau. Par ailleurs, elles protègent les berges, les rivages de l’érosion, et les côtes des tempêtes.
… et atténuer les effets du changement climatique
Lors des fortes chaleurs estivales, les zones humides sont des îlots de fraîcheur pour les animaux et les populations, et permettent également de subvenir aux besoins en fourrage des troupeaux. Enfin, elles contribuent fortement à réduire les émissions de gaz à effet de serre. En effet, la tourbe (matière organique composée de débris végétaux), l’humus, le bois et autres composantes naturelles des zones humides piègent le carbone. À l’échelle mondiale, les sols des zones humides stockent deux fois plus de carbone que l’ensemble des forêts de la planète.
Sur le continent africain
Les zones humides africaines sont parmi les écosystèmes les plus productifs au monde. Ils fournissent une large gamme de services qui contribuent au bien-être humain, tels que la fourniture d’eau, de nourriture, de pâturages en saison sèche et de bois de chauffage. Patrimoine naturel incomparable, les zones humides de la cuvette congolaise représentent entre 189 000 et 1 000 000 km2
Les écovillages constituent aujourd’hui des plateformes territoriales crédibles pour le développement du carbone communautaire, en particulier dans les contextes ruraux et périurbains des pays du Sud. En combinant cohésion sociale, gouvernance participative et pratiques agroécologiques, ils offrent un cadre propice à l’émergence de mécanismes de certification carbone à moindre coût, fondés sur des outils de garantie participative.
Cette note stratégique met en évidence comment les outils tels que les Systèmes Participatifs de Garantie (SPG), les dispositifs financiers communautaires et les mécanismes de responsabilité collective peuvent renforcer la crédibilité, l’accessibilité et l’impact des projets carbone soutenus par les bailleurs climatiques.
2. Problématique pour les bailleurs climatiques
Les standards internationaux de certification carbone (Gold Standard, VCS, CDM, Plan Vivo) présentent plusieurs contraintes structurelles que voici : les coûts élevés de certification et d’audit, la complexité des procédures MRV, la faible accessibilité pour les petits producteurs et projets communautaires et les risques de déconnexion entre crédits carbone et bénéfices locaux.
Ces limites freinent l’investissement climatique dans les territoires à fort potentiel de séquestration carbone mais à faible capacité institutionnelle.
3. Valeur ajoutée des écovillages pour le carbone communautaire
Les écovillages offrent aux bailleurs climatiques plusieurs avantages, notamment : un ancrage territorial stable, une gouvernance locale fonctionnelle, des communautés organisées et engagées ainsi que des pratiques durables déjà en place (agroforesterie, reboisement, gestion des sols, économie circulaire).
Ils réduisent significativement les risques opérationnels et sociaux des projets carbones.
4. Contribution des outils de garantie participative à la certification carbone
Plusieurs analyses démontrent que l’usage des outils de garantie participative de certification peut contribuer efficacement à la certification carbone. Sans être exhaustif, nous exposons ici comment ces outils peuvent contribuer : i) à la réduction des couts et risques de certification, ii) au MRV participatif et à l’apprentissage collectif, iii) à la crédibilité sociale et au co-bénéfice, iv) à la Gouvernance et à la sécurisation des revenus carbone.
4.1 Contribution à la réduction des coûts et des risques de suivi carbone
Il est suffisamment démontré que les outils participatifs permettent : la mutualisation des coûts de suivi carbone, la substitution partielle des audits externes par des contrôles communautaires et une diminution des risques de non-conformité.
4.2 MRV participatif et apprentissage collectif
Sur ce point la contribution découle du fait que les communautés formées assurent de façon largement efficace les avantages suivants : la collecte locale des données carbone, le suivi longitudinal des pratiques ainsi que l’amélioration continue de la qualité des données.
Le MRV devient un processus partagé, renforçant la fiabilité et l’appropriation.
4.3 Crédibilité sociale et co-bénéfices
Par ailleurs, les outils de garantie participative intègrent des dimensions souvent absentes des standards classiques dont la biodiversité, la sécurité alimentaire, l’équité sociale et la résilience territoriale.
Ces co-bénéfices sont de nature à augmentent la valeur des crédits carbone sur les marchés volontaires.
4.4 Gouvernance et sécurisation des revenus carbone
Les mécanismes communautaires (banques villageoises, VSLA, cautionnement mutuel) garantissent une gestion collective et transparente des revenus carbone, leur redistribution équitable ainsi que la prévention des conflits locaux.
5. Positionnement stratégique pour les bailleurs climatiques
Sur un positionnement plus stratégique, les écovillages peuvent être soutenus comme : i) des laboratoires pilotes de carbone communautaire, ii) des dispositifs de pré-certification carbone avant alignement avec des standards internationaux, iii) des alternatives locales crédibles pour les marchés volontaires du carbone.
L’investissement dans ces modèles permet aux bailleurs de maximiser l’impact climatique tout en renforçant le développement local.
6. Nos Recommandations clés
Dans la perspective des défis d’adaptation couplés à ceux (inséparables) des Objectifs de développement durable (ODD), il nous parait pertinent, sur ce chapitre de présentation des écovillages comme incubateurs des outils de certification participative, d’adresser ces 5 recommandations aux bailleurs de fonds et investisseurs :
Financer des programmes pilotes « Écovillages & carbone communautaire ».
Reconnaître les SPG et outils participatifs comme dispositifs de pré-MRV.
Soutenir la formation communautaire au suivi carbone participatif.
Encourager l’hybridation entre certification participative et standards internationaux.
Valoriser les co-bénéfices sociaux et écologiques dans les mécanismes de financement climatique.
7. Conclusion stratégique
Dans la quête du relèvement des défis climatiques, il est indubitable que les écovillages représentent une opportunité stratégique d’investissement à fort impact, conciliant efficacité climatique, inclusion sociale et durabilité territoriale.
En intégrant les outils de garantie participative dans les projets carbone, il devient possible de bâtir des systèmes de certification carbone communautaire crédibles, évolutifs et économiquement accessibles.
Par LUC LUTALA KYAD’I
Ambassadeur du Global Ecovillage Network, Fondateur de l’Université JUA, Fondateur de l’ONG Espoir Pour Tous, Initiateur du Programme de Développement des écovillages en RDC. lutalaky@gmail.com +243 81 5203199
La République Démocratique du Congo (RDC), bien que dotée d’une immensité de ressources naturelles diversifiées, peine à émerger comme leader dans la production de crédits carbone communautaires certifiés. Des défis structurels en gouvernance, en droits humains, sur les aspects environnementaux, techniques et économiques entravent les initiatives, limitant l’impact des financements climatiques.
Depuis 2014, l’ONG ESPOIR POUR TOUS explore des modèles communautaires rentables pour l’adaptation climatique et l’Agenda 2030, aboutissant à l’approche écovillage. Cet article explore les défis majeurs de la certification du carbone communautaire en RDC et présente les écovillages comme une piste sérieuse de réponses techniques structurées à ces défis.
1. Défis majeur de la certification carbone en RDC
Les projets carbones en RDC souffrent d’illégalités généralisées, d’opacité contractuelle et de risques socio environnementaux, couvrant jusqu’à deux tiers des forêts sans régulation adéquate. Un rapport de Rainforest Foundation UK (2025) documente des violations systémiques, exacerbant conflits et greenwashing.
1.1. Gouvernance et Légalité Les irrégularités foncières et la corruption minent la transparence, avec des contrats opaques en anglais engageant les communautés sur des décennies.
Evidement la dissociation des droits fonciers de la rentabilité carbone favorise la fraude.
1.2. Droits Humains et Sociaux L’Accaparement des terres ancestrales exclut les populations autochtones, sans consentement préalable libre et éclairé (FPIC), générant menaces et compensations disproportionnées.
1.3. Risques Environnementaux et Sociaux La perte d’accès aux forêts menace la sécurité alimentaire via chasse, la cueillette et l’agriculture ; elle est source de tensions communautaires qui s’intensifient généralement.
1.4. Qualité et Fiabilité des Crédits La surestimation des réductions d’émissions, l’absence d’additionnalité et le greenwashing compromettent la durabilité des crédits6 .
1.5. Enjeux Économiques Les bénéfices mal partagés, la volatilité des prix et les déficits infrastructurels (électricité, routes, eau ..)freinent la viabilité (cf le rapport NRGI, 2025).
2. Approche Écovillages : Piste sérieuse des réponses techniques
Les écovillages intègrent l’agroforesterie, l’élevage et la gestion communautaire pour séquestrer le carbone tout en générant des revenus durables, alignés sur ODD 2 (faim zéro) et 13 (climat).
L’organisation ESPOIR POUR TOUS pilote un programme expérimental à Dibulu, Mingadi 1-2. Cette expérience est consolidée par celle de Nkundi (Luozi, via GER+), en sécurisant au moins 100 ha/village avec consentement multipartite.
Le programme SEA 4D (porté par le Consortium CFI-CRAFODEPT-FEM) étend les perspectives d’action à 70 villages et 30 000 ha sur 25 ans via terres communautaires agroforestières.
2.1. Gouvernance Renforcée Les Processus participatifs avec contrats en langues nationales et la validation collective éliminent les illégalités ; les terres restent communautaires et auditables localement.
2.2. Protection des Droits Le FPIC intégral inclut les autochtones ; aucune expropriation n’est acceptable, les bénéfices directs via coopératives évitent les exclusions et les rétorsions.
2.3. Résilience Socio-Environnementale L’Agroforesterie mixte maintient l’accès aux ressources, booste la sécurité alimentaire ; crée des emplois verts et dissipe les conflits communautaires.
2.5. Viabilité Économique Le bénéfice garantis aux communautés à 100% via la diversification, les énergies renouvelables décentralisées permettent de contourner les déficits infrastructurels, et stabilise revenus face à la volatilité.
En conclusion, les écovillages constituent un paradigme communautaire résilient, transformant les villages traditionnels en entreprises sociales autosuffisantes et créant des puits carbone certifiés.
Leur déploiement à échelle (avec le Programme SEA 4D) pallie les faiblesses structurelles actuelles, favorisant une gouvernance équitable, des impacts mesurables et une adaptation climatique inclusive. Un moratoire réglementaire sur les projets opaques, couplé à ce modèle validé sur le terrain, positionnerait la RDC en leader régional des solutions carbone communautaires.
LUC LUTALA KYAD’I Ambassadeur GEN AFRICA Président de l’ONG ESPOIR POUR TOUS Fondateur de l’Université Holistique JUA +243 81 520 3199 lutalaky@gmail.com
Dans le cadre de sa mission Climat School, l’ONG Decarbonne a investi une nouvelle étape de sensibilisation environnementale au Lycée Français de Kinshasa. Une séance dédiée à l’utilité et à l’apport des bambous dans l’écosystème a rassemblé élèves et enseignants autour d’un sujet souvent méconnu mais porteur de solutions concrètes pour l’avenir.
Un choix pédagogique audacieux
Decarbonne, qui porte une démarche résolument axée sur l’éducation dès le plus jeune âge, a choisi les bambous comme fil conducteur de cette session. “Sensibiliser les élèves dès le bas âge, c’est investir dans l’avenir durable”, est l’essentiel de cette séance de formation du programme Climat School. L’objectif est doble: nourrir la curiosité scientifique des lycéens et leur donner des outils pour agir localement contre le changement climatique.
Les bambous, un atout pour l’écosystème Selon les intervenants de Decarbonne, les bambous présentent plusieurs avantages majeurs:
Biodiversité et résilience climatique: grâce à leur croissance rapide et leur capacité à s’adapter à divers environnements, les bamboo peuvent soutenir des chaînes alimentaires locales et stabiliser les écosystèmes en région urbain-rural. Protection des sols et régulation hydrique: leurs rhizomes aident à prévenir l’érosion et à optimiser la gestion des ressources en eau, un atout précieux dans un contexte de variabilité climatique. Opportunités socio-économiques locales: ressources renouvelables et alternatives au bois, les bambous peuvent stimuler l’emploi local et réduire l’empreinte carbone des filières bois traditionnel.
Des actions concrètes pour faire germer l’impact.
Des propositions opérationnelles ont été discutées, pouvant être mises en œuvre au lycée:
Projets de plantation scolaire: encadrer des sessions de jardinage et créer des micro-jardins de bambous sur le campus. Programmes de compostage: valoriser les déchets végétaux et démontrer une circularité de l’énergie et des nutriments. Plateformes d’échange de savoirs: encourager les élèves à partager leurs observations et leurs résultats de projets via des réseaux internes ou communautaires.
Le dialogue entre Decarbonne et le Lycée Français de Kinshasa a été marqué par une interrogation commune: comment transformer l’éducation en action climatique tangible, adaptée au contexte local ? Les participants ont montré un intérêt réel pour des initiatives qui peuvent s’inscrire dans le temps scolaire.
Le rôle des partenaires et la suite
Cette collaboration illustre une approche partenariale efficace entre une ONG dédiée à l’éducation climatique et un établissement scolaire. Pour l’avenir, Decarbonne compte souhaiter élargir ce type d’atelier, en associant davantage les enseignants, les parents et éventuellement d’autres acteurs afin de bâtir des actions pérennes autour de son programme climat school aux jeunes âges.
Sensibiliser dès le plus jeune âge, c’est investir dans l’avenir. En plaçant les bambous au cœur d’un enseignement pratique, Decarbonne et le Lycée Français de Kinshasa invitent chacun à repenser son rapport à la nature et à l’énergie. L’objectif est clair, transformer la curiosité des élèves en projets accessibles et mesurables qui contribuent à une Kinshasa plus verte et résiliente.
Un rendez-vous décisif qui confirme le multilatéralisme, mais pas la rupture attendue
La COP30, organisée à Belém, au cœur de l’Amazonie brésilienne, devait marquer une étape historique dix ans après l’Accord de Paris. L’enjeu était clair : rehausser l’ambition mondiale et définir les nouvelles Contributions Déterminées au niveau National (CDN) pour 2035 dans un contexte où les impacts climatiques s’accélèrent.
Les résultats, s’ils maintiennent le cadre multilatéral, demeurent très en dessous de l’urgence.
Le Parlement européen parle de « progrès lents et insuffisants ». La France regrette l’absence de signaux clairs sur la sortie des énergies fossiles, ainsi que le manque d’engagement financier concret. Les Ateliers du Futur soulignent un écart persistant entre les annonces politiques et les transformations structurelles nécessaires.
Ce que l’accord contient réellement
Réaffirmation du cap : +1,5 °C et rôle central de la science
Le texte final confirme l’objectif de limiter le réchauffement global à 1,5 °C, et reconnaît explicitement la nécessité de s’appuyer sur les données scientifiques, un point essentiel acté par les Parties.
Intégration politique de la “Transition juste”
Pour la première fois, le concept de transition juste est formalisé dans une décision. Cela crée une base politique importante, notamment pour les pays en développement : transformation économique, protection sociale, et équité doivent être considérées ensemble.
Engagement à tripler les financements d’adaptation d’ici 2035
La COP30 reconnaît la nécessité de renforcer massivement les moyens consacrés à l’adaptation. L’engagement de tripler ces financements d’ici 2035 est un signal positif, même si le texte ne donne ni calendrier précis ni mécanisme contraignant.
Rôle accru des acteurs non étatiques
La COP30 met officiellement en avant la contribution des collectivités, entreprises, ONG, scientifiques, un point fondamental pour des initiatives comme Decarbone RDC, où l’action locale complète l’action gouvernementale.
Déclaration sur “l’intégrité de l’information climatique”
Les États ont adopté un texte inédit visant à protéger la fiabilité des données climatiques, la transparence, et à lutter contre la désinformation. Un outil stratégique au moment où les fake news climatiques se multiplient.
Les manques majeurs pointés par les observateurs
Aucune mention de la sortie des énergies fossiles
Le mot “fossile” n’apparaît pas dans l’accord, malgré des attentes mondiales fortes. Les Ateliers du Futur regrettent une absence de rupture à la hauteur de l’enjeu.
Pas de feuille de route mondiale contre la déforestation
Grave symbole, à Belém même, au cœur de la forêt amazonienne : aucun accord contraignant n’a été adopté sur l’arrêt de la déforestation.
Financements insuffisants et incertains
La France souligne une reconstitution insuffisante du Fonds vert. Le dispositif “Pertes et dommages” reste largement sous-financé. Sans moyens, les pays vulnérables ne pourront pas suivre la trajectoire demandée.
Un accord minimaliste, loin de l’urgence
Pour le Parlement européen, ce texte ne répond pas à la profondeur de la crise. Les Ateliers du Futur soulignent un manque de cohérence entre ambition politique et réalités budgétaires, technologiques et sociales.
Ce que cela signifie pour la RDC et pour Decarbone
Pour un pays comme la République démocratique du Congo, État forestier, pays-clé pour la biodiversité, riche en ressources minérales stratégiques, la COP30 dessine un paysage ambivalent : des opportunités majeures, mais aussi des risques structurels.
Opportunités :
La “transition juste” donne un levier politique pour défendre un modèle de développement équitable.
Le triplement annoncé des financements d’adaptation peut soutenir des projets de résilience, d’agroforesterie, de gestion des risques et de solutions fondées sur la nature.
L’appel à renforcer la transparence et les données climatiques est favorable aux initiatives de monitoring carbone, de MRV et d’innovation environnementale.
Risques :
Les financements restent incertains : planifier uniquement sur les promesses serait dangereux.
L’absence de feuille de route contre la déforestation fragilise des pays comme la RDC, dont la forêt joue un rôle mondial.
Sans mécanismes contraignants, les États du Nord peuvent retarder leurs engagements, accentuant la charge pesant sur les pays du Sud.
Position de Decarbone RDC :
La COP30 montre que l’action internationale avance, mais à un rythme incompatible avec l’urgence climatique. Face à ce constat, Decarbone réaffirme :
L’importance de renforcer les actions locales, rapides et mesurables ;
La nécessité de soutenir des projets communautaires (reboisement, recyclage, gestion durable des ressources) ;
L’urgence de consolider un écosystème financier permettant à la RDC de capter davantage de ressources pour l’adaptation et la résilience ;
L’enjeu stratégique de protéger la forêt congolaise, pilier mondial dans la lutte contre le changement climatique.
Les décisions de Belém ne suffisent pas, mais elles renforcent la pertinence d’une action territoriale ambitieuse comme celle portée par Decarbone.
Tableau synthétique : COP30 : Opportunités, limites et implications pour la RDC & Decarbone
Axes
Opportunités
Limites / Risques
Implications pour Decarbone
Transition juste
Concept formalisé dans l’accord – cadre politique nouveau.
Pas de mécanismes financiers dédiés.
Développer un programme RDC de transition juste (emplois verts, reboisement, recyclage).
Adaptation
Engagement de tripler les financements d’ici 2035.
Engagement non contraignant, calendrier flou.
Positionner Decarbone sur des projets de résilience et adaptation (eau, agriculture, forêts).
Financements climatiques
Possibles hausses de fonds internationaux.
Fonds pertes & dommages sous-financé, incertitude pour le Fonds vert.
Préparer des projets « bancables », transparents, MRV, pour capter les financements disponibles.
Déforestation / forêts
Reconnaissance du rôle des écosystèmes.
Aucune feuille de route mondiale contre la déforestation.
Renforcer les programmes de protection forestière et de surveillance communautaire.
Énergies fossiles
Pression internationale croissante vers la transition.
Aucune mention dans le texte final.
Renforcer la promotion des énergies propres au niveau local et régional.
Intégrité de l’information climatique
Texte inédit sur transparence & lutte contre la désinformation.
Dépend de la mise en œuvre nationale.
Développer des programmes éducatifs, outils de données, transparence carbone.
Acteurs non étatiques
Reconnaissance officielle du rôle des ONG, entreprises, collectivités.
Risque de déresponsabilisation des États.
Consolider les partenariats privés/publics et renforcer l’écosystème Decarbone.
Sarina BETTAVER
Sources :
Parlement européen (17 novembre 2025) – « Bilan de la COP30 : des progrès lents, insuffisants face à l’urgence climatique »
Ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères (25 novembre 2025) – « Climat – Bilan de la COP30 »
Ateliers du Futur – « COP30 Belém : bilan au regard des priorités »
Du 22 au 30 novembre, des milliers d’actions sont organisées à travers l’Europe pour sensibiliser à la réduction des déchets, à la consommation responsable et à l’économie circulaire.
«Consommer et agir autrement» est le thème retenu pour l’année 2025. Cette thématique invite chacun à repenser ses habitudes pour limiter l’impact environnemental.
Quelques chiffres clés
Environ 326 millions de tonnes de déchets produits chaque année en France, tous secteurs confondus (ménages, industrie, BTP).
Plus de 2,24 milliards de tonnes de déchets municipaux générés en 2020 dans le monde, dont seulement près de 62 % sont gérés de manière contrôlée.
3,4 milliards de tonnes de déchets d’ici 2050 selon les projections de la Banque mondiale si les tendances actuelles se poursuivent.
Ces chiffres appellent à une responsabilité collective sur nos façons de produire, de consommer et de gérer nos déchets.
Quid de l’Afrique ?
La gestion des déchets sur le continent fait face à de nombreux défis dont notamment : Une collecte insuffisante (moins de 60 % des déchets collectés en moyenne), un faible taux de recyclage (moins de 10 % des déchets valorisés ) ou encore une faible sensibilisation environnementale sur le sujet.
En RDC
Près de 10 000 tonnes de déchets produits par jour dans la seule ville de Kinshasa et selon des estimations, la RASKIN ( Régie d’Assainissement de Kinshasa ) collecte environ 1 500 tonnes seulement par jour. L’absence de système structuré de tri et recyclage et le manque de réglementation appliquée n’arrangent pas la situation.
Notre implication
Chez Decarbone RDC, nous avons conscience que cette problématique implique la participation de tous ( pouvoir public, municipalité, entreprises , associations, riverains). C’est ainsi qu’au cours de notre action en 2025, nous avons sélectionné et nous accompagnons quelques projets visant à valoriser les déchets plastiques et ménagers à Kinshasa.
Réduire nos déchets, c’est : Préserver les ressources naturelles, Diminuer les émissions de gaz à effet de serre, Éviter la pollution des sols et des océans, Favoriser une économie circulaire et solidaire
La planète se tourne vers l’Amazonie. Belém, capitale de l’État du Pará au Brésil, accueille la 30ᵉ Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP30) (UNFCCC, 2025).
Un lieu hautement symbolique : au cœur de la plus vaste forêt tropicale du monde, là où se joue une grande part de l’équilibre climatique de la Terre.
Une COP historique, dix ans après l’Accord de Paris
Dix ans se sont écoulés depuis l’Accord de Paris (COP21, 2015). Les États doivent désormais présenter de nouveaux engagements climatiques (NDCs) plus ambitieux : réduire drastiquement les émissions mondiales, renforcer l’adaptation, et mettre en place un financement équitable pour les pays les plus vulnérables.
Cette édition, présidée par le Brésil, s’annonce décisive : la communauté internationale doit prouver que la promesse du +1,5 °C peut encore être tenue.
Trois priorités au cœur des négociations
Protéger les forêts et la biodiversité
L’Amazonie, mais aussi le Bassin du Congo et les forêts d’Asie du Sud-Est, sont mises en avant comme des régulateurs essentiels du climat mondial.Le Brésil souhaite faire de Belém le symbole d’un nouveau pacte nature-climat, valorisant les écosystèmes et les peuples autochtones qui les protègent.
Garantir une justice climatique réelle
La WMO et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) rappellent que les populations du Sud subissent déjà les effets les plus sévères du réchauffement : sécheresses, inondations, insécurité alimentaire. Les négociations portent sur la mise en œuvre du Fonds pour les pertes et dommages, adopté lors de la COP28 à Dubaï, et sur le nouveau objectif de financement mondial (NCQG), appelé à dépasser les 100 milliards USD/an promis en 2009.
Réviser les contributions nationales (NDCs)
Selon la Commission européenne et le GIEC, les engagements actuels mènent vers un réchauffement de +2,7 °C. Chaque pays est donc invité à renforcer son plan : réduire les émissions d’au moins 43 % d’ici 2030 (base 2019), transformer ses systèmes énergétiques et favoriser les technologies bas-carbone.
Et la RDC dans tout cela ?
La République Démocratique du Congo abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde : le Bassin du Congo. Ce poumon vert joue un rôle crucial dans la séquestration du carbone et la stabilité climatique mondiale. À Belém, la RDC défendra :
la reconnaissance du Bassin du Congo comme pilier mondial du climat, au même titre que l’Amazonie ;
l’accès équitable aux fonds climat et mécanismes de compensation carbone ;
l’intégration de la justice climatique africaine dans le texte final de la COP30.
Mais au-delà de la diplomatie, cette conférence interpelle aussi nos politiques nationales : comment aligner le Code minier, la fiscalité verte et les projets de développement sur la trajectoire climatique mondiale ?
Le regard de Decarbone RDC
Pour Decarbone RDC, la COP30 représente une opportunité unique : celle de montrer que l’Afrique centrale n’est pas seulement victime du changement climatique, mais qu’elle peut être un acteur majeur de la transition écologique mondiale. Nos actions locales — reboisement, économie circulaire, valorisation du plastique, sensibilisation des jeunes s’inscrivent déjà dans cette dynamique globale.
“L’avenir se joue à Belém, mais il se construira aussi à Kinshasa, à Goma, à Kisangani, dans nos écoles, nos forêts et nos communautés. Le climat n’appartient pas à un continent : il appartient à l’humanité tout entière.”
Et après ?
Les négociations de Belém devraient aboutir à un nouvel objectif chiffré de financement climatique (NCQG) ; la mise en œuvre opérationnelle du Fonds pertes et dommages ; et un renforcement des NDCs nationales et des engagements pour les forêts tropicales.
BETTAVER Sarina
📚 Sources : UNFCCC (2025) ; World Meteorological Organization (2025) ; European Commission – DG Climate (2025) ; Al Jazeera (10 nov. 2025) ; Reuters (9 nov. 2025) ; Connaissance des Énergies (2025) ; Pacte Mondial (2025) ; Brookings Institution (2025).