Dans notre précédent article, nous rappelions que la RDC attire de plus en plus de projets de crédits carbone, alors même que le cadre national reste encore insuffisamment structuré. À la lumière du Core Carbon Principles Impact Report 2025 de l’Integrity Council for the Voluntary Carbon Market (ICVCM), une chose apparaît désormais clairement : ce vide réglementaire n’est pas seulement une faiblesse interne. Il devient aussi un facteur de fragilité face aux nouvelles exigences internationales du marché carbone.
Le rapport de l’ICVCM montre en effet que le marché volontaire du carbone s’organise de plus en plus autour d’un critère central : l’intégrité. Les crédits carbone les plus recherchés sont désormais ceux qui reposent sur des règles solides de gouvernance, de traçabilité, de transparence, de vérification indépendante, d’additionnalité, de permanence et de prévention du double comptage. L’intégrité ne concerne donc plus seulement la quantité de carbone affichée, mais la crédibilité de tout le dispositif qui entoure le projet.
Pour la RDC, l’enjeu est majeur. Tant que des questions essentielles demeurent floues, notamment la titularité des droits carbone, les conditions d’autorisation des projets, les mécanismes de contrôle, la traçabilité des crédits ou encore le partage des bénéfices. Le pays s’expose à un double risque : fragiliser la sécurité juridique des projets, mais aussi affaiblir leur reconnaissance sur un marché international devenu beaucoup plus exigeant.
Le rapport insiste également sur un point essentiel : la qualité d’un projet carbone ne se mesure pas uniquement à sa performance climatique. Elle dépend aussi de la manière dont sont prises en compte les communautés locales, les mécanismes de recours, les garanties sociales et environnementales, ainsi que la répartition des bénéfices. Là encore, l’absence d’un cadre national clair peut rapidement devenir un facteur de contestation et de perte de confiance.
Autrement dit, le vrai sujet n’est plus simplement de savoir si la RDC peut développer des projets carbone. Elle le peut. Le véritable enjeu est de savoir si elle veut bâtir un marché carbone crédible, souverain et conforme aux standards d’intégrité désormais dominants.
La RDC dispose d’un potentiel exceptionnel. Mais ce potentiel, à lui seul, ne garantit ni la confiance des partenaires, ni la protection des communautés, ni la valeur des crédits générés. Pour que le carbone devienne un levier réel de protection des forêts et de développement local, il doit reposer sur des règles claires, une gouvernance lisible et une intégrité reconnue.
Décarbone RDC
Sarina BETTAVER
Source :
Integrity Council for the Voluntary Carbon Market (ICVCM), The Core Carbon Principles Impact Report 2025, décembre 2025, mise à jour du 16 décembre 2025.

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